L’Atelier de Cédric avec Rémi Adès
Directeur artistique, manager indépendant et développeur de projets musicaux
Dans L’Atelier de Cédric, la rencontre avec Rémi Adès s’impose comme un temps fort pour comprendre les métiers de l’ombre de l’industrie musicale, et en particulier celui de directeur artistique. À travers son parcours en major et son virage vers l’indépendance, Rémi partage une vision passionnée, exigeante et profondément humaine de l’accompagnement des artistes.
Une rencontre centrée sur le rôle du directeur artistique
Cette rencontre s’inscrit dans une volonté claire : donner la parole à celles et ceux qui façonnent la musique avant qu’elle n’arrive au public. La discussion avec Rémi Adès permet de déconstruire certaines idées reçues autour du métier de directeur artistique, souvent caricaturé, et d’en montrer la richesse, la complexité et l’engagement personnel qu’il implique.
La photo issue de l’échange traduit cette atmosphère de dialogue et de transmission, fidèle à l’esprit de L’Atelier de Cédric : prendre le temps, creuser les parcours, comprendre ce qui anime les professionnels de la musique.
Un parcours solide au cœur des maisons de disques
Rémi Adès débute sa carrière en 2001 dans les maisons de disques, par le marketing, mû par une passion sincère pour la musique. Il devient chef de projet chez Delabel – Virgin, où il apprend les rouages de l’industrie phonographique et le fonctionnement interne des labels.
À partir de 2006, son implication croissante dans l’artistique le conduit naturellement vers le poste de directeur artistique. Il occupe cette fonction pendant sept ans chez EMI, notamment au sein de Capitol et Hostile Records, avant la fusion du groupe avec Warner.
Durant cette période, il accompagne de nombreux artistes majeurs du rap et des musiques urbaines françaises, parmi lesquels Oxmo Puccino, Rohff, Assassin, Seth Gueko, Mafia K1 Fry et Soprano.
Un travail au long cours, au contact direct des artistes, qui façonne sa vision du métier et son rapport à la création.
Le métier de directeur artistique, au plus près de la création
Un rôle en amont de tout le processus
Pour Rémi Adès, le directeur artistique est le professionnel le plus en amont de la chaîne musicale. Son rôle consiste à repérer les artistes, comprendre leur univers, les entourer, produire leur disque et savoir ensuite expliquer ce projet au public et aux équipes.
La découverte passe avant tout par le live : écumer les salles, observer les artistes sur scène, ressentir leur potentiel au-delà des simples maquettes. Il s’appuie aussi sur les tourneurs, souvent fins observateurs de la scène émergente. Une fois le projet identifié, vient le temps de convaincre le label, puis de négocier avec l’artiste, son manager et les avocats.
Construire une équipe et un projet cohérent
Le travail du directeur artistique commence réellement lorsque le projet est lancé : constitution de l’équipe, choix du manager s’il n’y en a pas, entrée en studio, sélection du réalisateur, du mixeur, des musiciens et surtout du répertoire.
Contrairement aux idées reçues, Rémi rappelle qu’il n’a jamais eu à imposer des choix artistiques, même dans le cadre de contrats d’artistes en major. Tout repose sur la relation humaine et la confiance.
Il souligne également l’image injustement négative associée au métier de DA, souvent perçu comme celui qui édulcore ou dénature la musique. Une caricature encore plus forte dans le rap. Pour lui, la légitimité se gagne sur le terrain, par l’écoute, le respect et l’implication sincère dans le projet.
De l’artistique au marketing, sans rupture
Une fois le disque terminé, le directeur artistique accompagne aussi la phase de mise en marché : stratégie de communication, travail d’image, photos, visuels, interviews et préparation de la scène.
Le live est aujourd’hui central : même sobre, une performance doit immédiatement convaincre. Cela implique parfois le recours à des coachs scéniques et un véritable travail d’interprétation.
Au-delà des aspects techniques, Rémi insiste sur la dimension psychologique et affective du métier. On ne fabrique pas des produits financiers, mais on accompagne des parcours de vie. Cette proximité avec les artistes impose une responsabilité forte.
Majors, indépendance et idées reçues
Rémi Adès revient également sur la méfiance persistante envers les majors. Selon lui, cette défiance est héritée des années 1990, une époque de forte rentabilité qu’il n’a pas connue. Les majors ne sont pas des adversaires des artistes, à condition que les contrats soient compris, expliqués et négociés avec des professionnels compétents.
Il souligne cependant une réalité : la durée de vie des projets s’est réduite, mettant une pression accrue sur les artistes et les équipes. Le rôle du directeur artistique devient alors celui d’un médiateur, capable de rassurer, de prioriser et d’accompagner sur plusieurs projets à la fois, sans perdre la confiance des artistes.
De la major à l’indépendance : une nouvelle étape
Après ces années en maison de disques, Rémi Adès choisit de quitter la major pour développer sa propre activité de management et d’édition. Il souhaite aujourd’hui aider les artistes à accoucher de leur musique, mais aussi à travailler tout ce qui l’entoure : identité, sens du projet, présence en ligne, stratégie globale.
Son ambition est également de constituer un catalogue d’édition, réunissant des compositeurs rencontrés au fil des années. Une nouvelle phase de carrière, plus libre, plus créative, mais aussi plus exigeante, dans un contexte où tout reste à inventer.
Autoproduction, management et équilibre
Rémi porte un regard nuancé sur l’autoproduction et l’automanagement. Si les artistes peuvent aujourd’hui être en lien direct avec leur public, cela ne rend pas les labels obsolètes. Pour lui, un label peut intervenir au bon moment, lorsque l’artiste est prêt, comme une accélération — à condition d’en accepter les règles.
Il rappelle aussi un point essentiel : un artiste trop absorbé par la promotion n’est plus en train de créer. Le rôle d’un bon manager est précisément de préserver cet espace de création, en servant d’interface entre l’artiste et les enjeux extérieurs.
Missions, parcours, salaires, erreurs à éviter : on a tout détaillé dans notre guide complet → Devenir manager d’artiste en France.
Missions, parcours, salaires, erreurs à éviter : on a tout détaillé dans notre guide complet → Devenir directeur artistique / A&R en France.
À propos de L’Atelier de Cédric
L’Atelier de Cédric est une série de rencontres avec des professionnels de la musique — artistes, producteurs, managers, directeurs artistiques et entrepreneurs culturels — qui partagent leur expérience, leurs doutes et leurs convictions.
Chaque échange vise à mieux comprendre les réalités du secteur, à transmettre des savoirs concrets et à nourrir une réflexion profonde sur les parcours artistiques.
Prolonger la rencontre en vidéo
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